septembre

28. sept., 2016

Parfois des lecteurs réfractaires à toute forme de magie envoient sur les roses des auteurs qui savent : j’ai vu passer sur les réseaux sociaux une nouvelle très courte de Mathias Lanuit, avec quelques maladresses semées là exprès pour brouiller les pistes. Cette nouvelle  m’a renvoyée au roman de Salman Rushdie (1), que je venais de commencer à lire. Et je me suis dis voilà, les jinns sont de retour, la faille s’est rouverte. Il va falloir que j’en avertisse les lecteurs de mon blog. Lisez cette petite histoire et je vous rassure tout de suite : les vrais jinns ne vous mangeront pas, tout au plus déclencheront-ils un tsunami pendant vos vacances de Noël, tout au plus vous rendront-ils amoureux de tout ce qui bouge, tout au plus couvriront-ils votre visage d’un horrible eczéma dès que vous mentirez. Ils sont capables de faire ça. Le Bien, le Mal, surtout le Mal. Mais je vous en dirai plus très bientôt. Et observez bien les oreilles des passants, en attendant.

 

1 Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits (Actes Sud). Le meilleur livre de la rentrée littéraire grands éditeurs, petits, tout petits, édités et autoédités et non édités, d’après moi.

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Emigrés ?

 

La nuit tombait sur l’entrepôt silencieux. Plus personne ne se trouvait à l’intérieur,  Jérôme  était seul. Mécanicien dans l’armée de l’air, il examinait un moteur d’avion. C’était sa passion. Depuis toujours il adorait la mécanique et c’était devenu son job. S’il faisait des heures supplémentaires ce soir-là, ce n’était pas pour des raisons financières, c’était juste parce qu’il adorait son métier. Vérifier, démonter et remonter des moteurs d’avions ou d’hélicoptères étaient un vrai plaisir pour lui. Cependant, la lumière baissait et bientôt il ne pourrait plus travailler convenablement, même en éclairant l’entrepôt. Il décida de rentrer à la caserne.

En passant devant les containers, il entendit la voix d’une vieille femme. Il se retourna : personne. Pourtant la voix se faisait toujours entendre. Il y avait quelqu’un dans l’entrepôt ! Une personne extérieure à cette base était parvenue à entrer ! Jérôme tenta de comprendre d’où venait la voix. Curieusement, elle semblait sortir de l’intérieur de l’un des containers. Le mécanicien frappa sur la paroi de fer en criant : « Il y a quelqu’un ? » Aussitôt la voix se tut. Il décida d’en avoir le cœur net. Tous les mécaniciens possédaient une clé qui pouvait ouvrir les containers. Il utilisa donc la sienne pour celui-ci. Il vit qu’il était destiné à la Russie.

Une fois à l’intérieur, il se fraya un chemin parmi les nombreuses caisses en bois. D ‘après ce qu’il pouvait voir, elles contenaient des pièces de rechange pour des avions russes. Rien d’anormal. C’est quand il arriva au fond du container qu’il découvrit une caisse aux dimensions inhabituelles, assez grande pour qu’il pût s’y tenir debout. Il fit le tour de la caisse et remarqua une porte. Il y avait aussi une petite ouverture à travers laquelle il pouvait passer la tête. Il y jeta un regard et ce qu’il vit le cloua sur place !

Une vieille femme était assise sur une chaise, entourée d’un jeune homme et d’une jeune femme.

—Qui êtes-vous ? Que faites-vous ici ? Demanda Jérôme.

—Emigrés, répondit la jeune femme.

—Vous êtes des émigrés ? Redemanda le mécanicien.

La femme ne répondit pas. Apparemment, elle ne parlait pas Français et ne semblait connaître que ce mot. Ce devait être des émigrés clandestins, qui s’étaient réfugiés dans cette caisse. Ils ne pouvaient pas rester là !

—Je vais vous aider, reprit Jérôme. Vous ne pouvez pas rester ici. Je vais vous faire sortir du complexe et vous emmener en ville.

Il entreprit d’ouvrir la porte de la caisse avec sa clé mais n’y parvint pas. Il réfléchit. Peut-être y avait-il un loquet à l’intérieur, qu’il pourrait activer ?

Il se colla contre la caisse et passa un bras dans l’ouverture. A ce moment, il sentit qu’on lui agrippait le bras. Il essaya de se dégager mais n’y parvint pas. Ces gens voulaient-ils le voler ? Tandis qu’il continuait à essayer de se dégager, il entendit des pas derrière lui. Puis il reconnut la voix de son chef :

—Ah ! Vous les avez trouvés...

—Vous saviez qu’il y avait des immigrants ici ? Aidez-moi, ils ne veulent pas me lâcher...

—Regardez-les bien, vous verrez que ce ne sont pas des hommes...

Jérôme reporta son attention sur eux. Soudain, il remarqua quelque chose. Une lueur d’un vert vif. Leurs yeux ! Leurs yeux brillaient. Jérôme devint pâle.

—Qui sont-ils ? Demanda-t-il à son chef.

—On les appelle des tueurs. Ils sont utilisés par la CIA et le KGB pour des missions d’élimination.

—Mais que me veulent-ils ?

—Vous manger, je pense. Voilà une semaine qu’ils voyagent, ils n’ont rien mangé.

—Mais je voulais vous aider ! Cria Jérôme en direction de la femme qui s’avançait vers lui.

—Oh, mais vous allez nous aider, répondit la femme d’une voix douce.

Apparemment, elle comprenait le Français. L’homme et la femme aux yeux verts commencèrent à s’approcher de lui...

 

Mathias Lanuit (avec une intervention de dernière minute de Carmen, que je n’ai pas pu empêcher. Que l’auteur me pardonne pour ces quelques modifications)

28. sept., 2016

Wistiki, votre meilleur ami

 

L’objet pèse 11 grammes, il peut traîner dans votre poche et grâce à lui, vous retrouverez tout ce que vous avez perdu

 

Vos lunettes sous un coussin et votre vertu dans les draps, vos clés et votre tête, peut-être, parce qu’elle s’était égarée

quand l’amour était passé.

Wistiki ira chercher vos souvenirs au fin fond de votre mémoire, quand il les apercevra il sonnera (1) et vous sentirez des parfums oubliés.

Il retrouvera vos amis d’enfance, qui reviendront en file indienne, vous les reconnaîtrez à peine. Il vous dira embrasse-les, dis-leur que tu ne les oublieras plus jamais. Et ramasse  le ticket du pressing que tu as fait tomber sous le canapé, je te l’ai retrouvé.

Wistiki vous rendra vos papiers et vos espoirs perdus, et si vous n’y croyez pas essayez : la dernière fois, vous étiez... vous étiez à la Fac et vous rêviez d’une vie parfaite. Wisitiki vous géolocalisera, il retrouvera même votre chaise, votre emplacement dans l’amphithéâtre en ce temps-là et vous dira voilà, tous tes espoirs sont là, avec tes projets, tes envies égarées, reprends-les. Ils sont à côté de ta chaise et si tu ne fais pas attention à eux, tu risques bien de les perdre à nouveau. Ils sont fragiles, et volatiles, un rien les fait s’enfuir.

Wistiki vous retrouvera vos kilos perdus, mais qu’est-ce que tu me ramènes là ? Lui direz-vous, contrariée. J’ai eu tant de mal à m’en débarrasser ! Et Wistiki vous répondra que son programme est encore à améliorer, qu’il repère les objets perdus et ne sait pas trop les trier. Et pour se faire pardonner, il vous montrera où se trouve la clé de votre voiture, pour que vous puissiez démarrer.

Et vous le remercierez.

Wistiki retrouvera  votre raison qui s’est enfuie, quand vous préfériez la folie. Mais ne fais pas ça trop souvent vous dira-t-il, la Raison est la chose la plus difficile à localiser, tout le monde en parle mais il est souvent impossible de la reconnaître.  Il ira aussi vous chercher le Nord quand vous ne saurez plus où vous êtes et repèrera loin de vous votre confiance disparue.

—Ah, te voilà lui direz-vous, j’ai essayé de me passer de toi. C’est bien que tu sois revenue.

Wistiki sonnera devant votre patience, égarée dans un manuscrit que vous n’avez jamais fini. Il retrouvera le fil, dans un livre à l’histoire compliquée et vous lui direz laisse tomber, ne te donne pas tout ce mal, parfois il faut renoncer. Il vous aidera aussi à retrouver vos illusions, vos illusions perdues, vous savez. Quand vous les verrez arriver, vous les trouverez si jolies.

—Restez près de moi direz-vous, même si vous dites des bêtises.

 

Et quand vous aurez récupéré tout ça, si vous perdez encore quelque chose, votre âme par exemple, ce qui peut arriver par les temps qui courent, essayez une dernière fois ses services, il fera ce qu’il pourra. Mais si vous avez perdu la foi, alors ne lui en parlez pas : Wistiki ne peut pas tout faire et généralement, il ne se mêle pas de ça. C’est en tout cas écrit dans le mode d’emploi.

 

Wistiki, un ami pour la vie !

 

1 Vous avez le choix entre une sonnerie de téléphone ou une soufflerie d’aspirateur.

26. sept., 2016

Les lectures de Carmen, 3

Ma chère Carmen,

Je ne t’ai pas acheté un nouveau livre sur Amazon, soit.

J’ai oublié tes lectures, je te l’accorde.

Ce sont des choses qui arrivent et ce n’était pas une raison pour aller fouiner dans mes affaires et mettre ton nez dans un vieux manuscrit. Car si j’en crois ce qui suit, tu as lu mon roman, Marthaville et tu l’as transformé à ta manière.

Je te rappelle qu’il existe une sphère privée et que, toute Carmen que tu es, je tiens à préserver la mienne.

Ta toujours dévouée et bien intentionnée

Dominique.

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Une ville dans le désert

 

Il regarda droit devant lui, au fond les dunes enchaînaient leurs volumes. Il empoigna le volant, mit sa force d’homme dans cette pression qui ne servait à rien, sinon à le convaincre qu’il avait raison. Qu’il allait faire ce qu’il devait faire et basta. Il mit le contact et la voiture eut un soubresaut, comme une dernière crainte. Puis tout se fit très vite, les pneus tracèrent sur le sable une figure approximative, l’engin fit un bruit d’enfer, le bruit exact d’un moteur récalcitrant parce que trop chauffé, avec cette chaleur épouvantable en plus, au-dehors. Au premier virage, la voiture sembla vouloir se coucher, s’abandonner à une défaite programmée mais l’ensemble résista, dans un ultime effort les roues se redressèrent et au second virage, l’affaire était entendue : les limites de la ville allaient se trouver tracées, comme jadis les sillons sous le socle de la charrue de Romulus.

—Connais-tu l’histoire de la fondation de Rome ? Avait-il demandé à Martha, qui était particulièrement inculte.

—Non et je m’en moque, avait-elle répondu en se blottissant contre lui. Parle-moi plutôt des lézards, il y en a partout.

La figure tout juste tracée par les pneus, qu’on aurait pu apercevoir depuis le haut du ciel si l’on avait traversé l’espace en avion, cette figure était imparfaite, les côtés n’étaient pas tout à fait égaux et ne se coupaient pas à angle droit mais le cœur y était, et la foi et toute la folie qui allait avec. Il coupa le moteur, la voiture souffla un bon coup, comme épuisée ou assoiffée ou repentante, il est impossible d’avoir une quelconque certitude quant à son état d’esprit à ce moment-là, et elle accepta de se taire. Alors on n’entendit plus que le souffle du vent qui enflait au loin et ne tarderait pas à soûler tout le monde, puisque la nuit avançait à pas d’oie, s’offrant à lui. Il était bien temps qu’il se décide, il avait bien failli rater sa création, à hésiter ainsi pendant des jours et des jours, de l’autre côté de la mer. A craindre le pire et voilà que c’était fait, enfin. Et Martha applaudissait, si ravie qu’il en eut le cœur remué.

—Ceci est ma ville et je te l’offre, s’écria-t-il par la fenêtre ouverte.

Et d’une main il désigna le carré magique, qui en d’autres temps aurait fait revenir les morts : les limites exactes de Marthaville. Puis il hurla un cri de victoire, qui fit rire Martha.

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Ensuite, il y eut une période d’euphorie, comme après toute venue au monde et il leur sembla que le désert s’égayait, qu’il se couvrait de plantes tropicales et de fleurs rares invisibles, que l’air résonnait de jolies musiques  et que les dunes au loin se transformaient en montagnes russes pour les divertir. Car ils se sentirent légers. Et bientôt les bâtiments s’élevèrent à l’intérieur des limites établies, de hauts bâtiments pour la Société, des maisons basses sans toit pour les habitations des employés, avec des haies en plastique vert et de faux jardins. Et Martha sonnait à la porte de l’architecte :

—Si vous nous faisiez une piscine ? Lui proposait-elle.

Car elle aimait bien nager.

—Mais ici nous sommes dans un désert, il n’y a pas d’eau. Réfléchissez un peu de temps en temps, voulez-vous ?

—C’est tout réfléchi, vous en ferez venir! S’écriait-elle et elle s’en allait.

Ils firent acheminer des litres et des litres d’eau dans cette terre aride où il ne pleuvait jamais, de gros navires marchands se succédèrent, des camions prirent le relais et Martha eut sa piscine.

—Vous pourriez aussi, mais dites-moi si cela vous dérange surtout, vous pourriez nous construire une bibliothèque, une salle de jeux et quelques pistes de bowling. Les employés de mon mari ont besoin de se distraire aussi.

Et l’architecte faisait ses plans et la ville s’aménageait, se remplissait. Les larges avenues des débuts laissèrent la place à de petites ruelles, car la place manquait.

—Tout ça a un charme fou, disait Martha en montrant les nouvelles perspectives. Et au moins à présent, nous avons de l’ombre.

Et lui, depuis son bureau, la regardait qui s’éloignait.

—j’ai quand même épousé la plus belle femme du pays, se disait-il en observant la silhouette de sa femme déjà à demi brouillée par l’éclat du soleil.

Et il s’en réjouissait.

 

Il fit venir une nouvelle fournée d’employés, parce que sa société prospérait. On parla de lui de l’autre côté de la mer, on s’étonna du risque insensé qu’il avait pris et l’on vanta sa réussite.

—Voilà un bel exemple d’audace, disait-on. Partir ainsi dans un désert !

Les gens se battaient pour faire partie de ses équipes, bientôt il reçut tant de candidatures qu’il dut tirer au sort ses futurs employés.

—Tu as vraiment l’art de simplifier les choses, lui dit Martha. C’est d’ailleurs pour cela que je t’aime.

Il avait souvent du mal à comprendre sa femme. Mais il la regardait, ou la prenait dans ses bras et alors, il avait le monde à ses pieds.

Mais à ses pieds il y avait les lézards, dont il ne pouvait se débarrasser.

—Laisse-les, lui disait Martha, ils ne sont pas méchants. Ils sont juste très laids, quelle importance.

Un jour, elle fit capturer l’un des lézards géants et lui fit confectionner un collier. Elle mit une laisse au bout du collier et promena le lézard avec elle, dans les ruelles. L’animal lui obéissait et rampait à ses côtés. Et les employés s’étonnaient de voir une femme aussi belle, avec un animal si laid. Mais Martha était ainsi, rétive aux idées toutes faites.

 

D’ailleurs un jour, alors qu’il pensait l’avoir comblée, elle fit éclater ce qu’il avait pris pour le bonheur et n’en était qu’un mirage, car comme chacun le sait dans le désert nul ne peut y échapper.

—Je m’ennuie, lui dit-elle et il comprit aussitôt que plus rien ne serait pareil, jamais.

—Cette ville est sinistre, continua-t-elle. Regarde-la, regarde ces murs tout blancs, regarde ce ciel éternellement bleu, regarde ces nuits étoilées, et ce sable à l’infini et ces dunes qui se courent après, il faut que tu fasses quelque chose. Je sais que ton pouvoir est grand et c’est pour cela que je t’aime.

Alors, déconcerté, il tenta de la contenter et fit venir un peintre, qui traversa les mers et arriva dans ce désert aride, avec ses pinceaux dans sa valise.

—Effectivement, dit le peintre en découvrant Marthaville, tout cela n’est pas très gai.

Et il se mit aussitôt au travail. Des jours et des jours, il s’acharna à donner des couleurs à la ville, couvrant les murs de jolis graffitis, dessinant des palmiers et des fruits, peignant des couchers de soleil et des forêts de sapins et des chutes d’eau et des mers agitées. Et Martha applaudissait.

—Cet artiste est un magicien, disait-elle. Il faut le garder.

Mais l’artiste voulait s’en aller, la chaleur l’incommodait et sa famille lui manquait. Alors Martha fit ce qu’il fallait.

—Garder un homme n’a jamais été une entreprise très difficile, disait-elle. Il existe quelques règles très simples.

En quelques jours, le peintre tomba fou amoureux de Martha, fou à lier, plus fou encore que celui qui l’avait fait venir ici. Mais il décida de partir quand même. Et d’enlever Martha, comme Pâris enleva Hélène. Cette histoire, il la connaissait.

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Au fin fond du désert, là où même les mirages n’existent plus, là où les hommes n’osent pas s’aventurer, où le soleil brûle les yeux et dessèche méchamment les bouches, y creusant des crevasses qui saignent, les lézards géants l’ont vu arriver de loin. Un homme désespéré se reconnaît au premier coup d’œil et les lézards ne s’y trompèrent pas. Ils l’accueillirent avec toute la compassion dont ils étaient capables –un sentiment sincère qu’on aurait pu prendre pour de l’indifférence, tant leur regard restait inexpressif. Lui-même ne se rendit compte de rien, tout occupé qu’il était à tenter de mettre un pied devant l’autre. Car il avait tant marché.

Il était sorti de la ville et avait traversé le désert. Il avait tout laissé, sa société, ses employés et ses rêves. Sans Martha, il n’avait plus rien à faire sinon s’en aller droit devant lui. Et tomber à genoux à la fin, le nez dans le sable.

Quand il sentit la nuée de lézards s’approcher de lui, il pensa que c’était la fin. Il n’avait jamais aimé ces animaux, qui n’étaient pour lui que des fossiles vivants. Il se recroquevilla et attendit.

C’est alors qu’il sentit une peau rugueuse qui se frottait contre lui, comme une râpe très douce. Il fut surpris. Il leva la tête, se redressa autant qu’il le put et son regard croisa celui de l’un des reptiles géants. Il crut y déceler une certaine bonté, se dit qu’il délirait, à cause du soleil, de la chaleur et de sa si longue marche. Il lui sembla aussi que la bête souriait.

 

Voilà ce que dit la légende, pour le reste personne ne sait rien des derniers instants d’Antoine le Bon, fondateur de Marthaville, un ensemble d’une dizaine de bâtiments en béton avec un bassin à sec et de drôles de peintures sur les murs. La ville n’a jamais été inscrite au cadastre, une pancarte en bois en signalait l’entrée et rappelait son nom, qu’on trouva idiot.  Le caprice d’un illuminé, dira-t-on dans la presse de l’époque. Son corps a été retrouvé à dix  kilomètres des bâtiments construits dans ce désert si inhospitalier. Une colonie de lézards mesurant plus d’un mètre pour la plupart, peuple ordinaire de ces régions arides, entourait la dépouille de l’homme. Il fallut les chasser en tirant en l’air et ils s’en allèrent très lentement, en longues ondulations rampantes, comme à regret.

Quant à toute cette histoire, elle n’a pas laissé de réels souvenirs de l’autre côté de la mer, tout juste quelques lignes sur un blog peu connu, signées par une femme d’origine espagnole, vraisemblablement.

 

 

25. sept., 2016

Les lectures de Carmen, 2

Chère Dominique,

Merci pour ce nouveau livre, beaucoup plus gros et sérieux que le précédent : comment plaire en trois minutes.  Je vois que tu as une haute idée du temps que les gens accordent à ton blog. J’ai lu le livre et j’en ai retenu quelques phrases qui vont changer ma vie.

Je les ai relevées et testées pour toi, si tu as toi aussi trois minutes. J’ai employé la fameuse méthode AEI des écoles de management, que j’ai trouvée dans ce livre : Affirmation, explication, illustration.

Tu vois que je m’applique.

Ta Carmen

Synchronisez-vous

Autrement dit, imitez l’autre, glissez-vous dans ses attitudes, parlez à son rythme, prenez son accent, etc...

Je sais à quel point tu apprécies Mick Jagger, que tu as vu chanter au cinéma d’Albi l’autre soir, aussi ai-je fait une tentative auprès de lui, pour te faire plaisir. J’attends sa réponse

Entraînez-vous  à sourire devant la glace ou devant votre chien ou à la boulangerie etc...

L’aisance s’acquiert en évaluant son profil relationnel, qu’il est toujours bon d’améliorer. J’en profite pour te signaler que tu ne me fais jamais sourire, parce que tu ne sais pas dessiner les bouches. Alors s’il te plaît, entraine-toi.

 

Attirez l’attention sur l’une de vos particularités

Le livre cite en exemple les cheveux de Mireille Dumas et je sais que tu n’aimes que les cheveux raides, donc je n’insisterai pas. Mais si tu pouvais me trouver autre chose que mes chaussures géantes, ça m’arrangerait.

Faites des exercices de relaxation simple

Ne ricane pas, tout le monde sait que ces exercices sont efficaces, sauf toi. J’ai testé la respiration sous le nombril, j’ai suivi l’air en moi, je l'ai aspiré dans mon dos, dans mes jambes, dans ma tête, dans mes joues, dans mon front etc... et là, il m’est arrivé une drôle de chose.

 

Déportez-vous dans le temps et dans l’espace

Je me suis donc élevée au-dessus de moi et me suis regardée, il s’agissait pour moi de séparer le moi qui agit et le moi qui regarde, tu me suis ? Et... c’était assez joli, ce que j’ai vu au début.

Après ? Ça ne te regarde pas. 

Bougez, sautez, courez, boxez dans le vide pour faire circuler votre sang et oxygéner vos cellules

Va donc t’acheter un nouveau feutre noir s’il te plaît, j’ai besoin de toi

 

Jetez-vous à l’eau le plus souvent possible

C’était facile en Espagne, mais comme tu as tenu à me faire déménager et qu’à Albi il n’y a pas la mer mais des étangs et des rivières avec vingt centimètres d’eau, j’ai laissé tomber l’affaire

 

Entraînez-vous à parler avec un crayon serré entre les dents

Ah, tu cherchais ton feutre rouge... pardon.

Mettez vos lunettes roses

Et regardez les autres avec ces lunettes mais surtout ne les quittez pas, vous pourriez être déçue.

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Et enfin...

Sachez vous en aller à temps

Et dire au revoir poliment

Et très gentiment

Pour faire plaisir aux gens.

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NDLR Il y a dans ce livre une autre phrase pleine de sagesse, que Carmen a passée sous silence à cause des brebis de sa propriétaire, qu’elle ne voudrait pas énerver :

Pour apprendre à placer votre voix, faites-la résonner en prononçant des meum ! meum ! meum ! à la manière des moines tibétains.

 

 

 

 
25. sept., 2016